Mes sages-femmes

Aujourd’hui, c’est la Journée Mondiale de la Sage-Femme alors c’est tout naturellement que j’ai eu envie de vous parler des trois que j’ai rencontrées et qui ont rendu mes trois accouchements si particuliers. Trois accouchements tous très différents les uns des autres, trois moments intenses en émotions, les plus tristes comme les plus heureuses, à chaque fois accompagnés de sages-femmes parfaites.

Géraldine – Naissance d’Ilian, le 14 juin 2007

Je me dis souvent que si l’accouchement de notre Ange Ilian est gravé dans nos mémoires, il l’est certainement aussi dans celle de Géraldine, la bienveillante, la pudique, la douce sage-femme qui m’a aidé à mettre au monde mon bébé dont le cœur avait cessé de battre trois jours plus tôt. Elle est restée à nos côtés pendant toute la journée, depuis la pose de la péridurale et du produit pour déclencher les contractions au moment où on nous a présenté notre petit garçon habillé dans son petit pyjama. J’ai rarement ressenti un telle empathie de la part de quelqu’un qui ne me connaissait pas. Il y avait dans son regard toute la confiance dont j’avais besoin pour arriver à me séparer physiquement de mon bébé que je ne voulais pour rien au monde laisser partir. Elle m’a donné la force de pousser, m’a expliqué comment faire car j’avais tout oublié, le chagrin et la douleur ayant balayé la préparation. Je sens encore l’odeur de son parfum, j’entends encore le son de sa voix et je la remercie très souvent d’avoir su m’épauler dans ce moment difficile. Dans le silence de cette salle d’accouchement, il pleuvait dehors, à 19h39 notre premier fils est né, sans un bruit, sans un cri. Difficile pour nous, les parents d’Ilian qui vivions les heures les plus noires de notre vie mais je me dis bien souvent que ça n’a pas été une belle journée professionnellement parlant pour elle non plus. Je ne pense pas qu’elle avait choisi ce métier pour mettre au monde des bébés décédés et je m’en suis longtemps voulu de lui avoir imposé cet accouchement. Maintenant, ces pensées sont loin, je garde le souvenir de son passage bref mais inoubliable dans nos vies et je suis sure qu’il y a dans un petit coin de sa tête le souvenir de mon Ilian.

Anouk, naissance d’Adil, le 2 septembre 2009

Nouvelle grossesse, le bébé que nous attendions tant, celui qui allait nous réconcilier avec la vie. Bébé annoncé pour le 16 septembre, on a essayé de faire durer la grossesse jusqu’au plus loin qu’il était possible de tenir moralement. Rongés par l’angoisse, nous avons décidé en commun avec le médecin de déclencher l’accouchement à 38 SA, un peu plus tard que le terme où nous avions perdu Ilian. Nous gardons cette information pour nous et arrivons tranquillement à la maternité le mardi 1er septembre pour le déclenchement. Nous rencontrons Marie-Jo (que nous reverrons quelques années plus tard…) qui sera notre sage-femme pour la journée. Il est 9h quand on me pose le produit de déclenchement et on nous installe dans une chambre de pré-travail. Marie-Jo est géniale, elle connait notre histoire et nous rassure du mieux qu’elle peut sur la journée à venir. Le travail prends son temps pour se mettre en route, les heures passent, on me propose à manger le midi car ça ne sera pas pour tout de suite. Vers 14h, me voyant me tortiller sur le ballon de naissance, elle me propose la pose de monitoring pour contrôler. Contractions rapprochées mais peu efficaces, j’aurai droit à un petit shoot de calmants dont je garde un souvenir mémorable. Mais la drogue c’est mal je vous rappelle ! Il est 21h, Marie-Jo s’en va et passe le relais à Anouk, qui m’aidera sans doute à accoucher, quoi que ça n’avance pas beaucoup. Tellement pas qu’on dit au Papa qu’il peut rentrer car ça sera certainement pour demain matin. Il est 22h30 quand Larbi rentre à la maison. Je m’endors vers 23h et du bruit dans la chambre me réveille vers minuit, quand une femme et son mari arrivent, son travail a commencé. Je me dis que je sens quelques contractions fortes, et elles me semblent rapprochées. À moitié dans le coaltar je me décide de les chronométrer. Je regarde mon téléphone à la suivante, il est 00h30. Je me rendors. Une contraction me réveille, je regarde le téléphone, il est 00h31. Ah oui, bien rapprochées donc ! J’appelle l’infirmière, je lui dis qu’elles sont espacées d’une minute mais supportables (vu que je dors). Elle me dit qu’on va poser un monitoring pour vérifier tout ça puis regarder le col. Je demande à aller aux toilettes avant. Et là tout s’enchaîne, perte du bouchon muqueux, frayeur, j’appelle depuis les WC, Anouk arrive et me dit que ce n’est rien de grave, puis m’ausculte. Col ouvert à 7, hop direction la salle d’accouchement. Je peux dire à Monsieur de revenir. Dans la maternité j’entends une femme qui accouche en hurlant, un cri animal, pas du tout rassurant et limite dérangeant. Anouk me rassure en me disant que certaines femmes ont besoin de crier. J’aime cette petite personne, dynamique et sympathique qui nous met très vite en confiance. La péridurale posée, nous pouvons discuter et imaginer cette naissance. On dort aussi un peu. Puis la descente du bébé commence, je n’ai pas beaucoup appuyé sur le bouton de la péridurale, je sens tout, j’ai un peu peur, je demande à Larbi d’aller la chercher. C’est presque l’heure, on s’installe, il est 4h15. Nous sommes 4 dans cette grande salle, la lumière est très légère, l’autre femme a terminé de brailler, c’est un instant plein de tendresse et de calme que nous partageons. Deux belles poussées plus tard, Adil arrive il est 4h24, notre bébé espoir est né. Nous faisons une long moment en peau à peau après les derniers soins. Je parle à Adil, je lui dis à quel point nous sommes heureux qu’il soit là, combien nous l’aimons déjà et quelle chance il a d’avoir un grand frère comme Ilian qui veille sur lui. Anouk nous félicite, elle nous dit que nous sommes très courageux, que nous avons géré comme des chefs et que ces mots que j’ai dit à Adil sont les plus belles paroles qu’elle ait entendu en salle de naissance. Elle me parle de mon Ange et d’Adil. Il ne m’en faut pas plus pour la classer dans les personnes inoubliables que j’ai rencontrées. Merci Anouk d’avoir rendu ce moment si doux…

Marie-Jo, naissance d’Amel et Isaq le 11 octobre 2013

Revoilà Marie-Jo ! Je la reconnais tout de suite. Elle a un peu plus de mal à nous reconnaître, surtout qu’elle était partie avant la naissance d’Adil. On nous a déjà expliqué comment se passait un accouchement de jumeaux, nous sommes rodés. Isaq, en transverse jusqu’à il y a quelques jours s’est finalement mis tête en bas, ça devrait aller assez vite. Cette fois-ci, il est 10h et nous ne serons pas en petit comité. Au temps fort de l’accouchement j’ai compté jusqu’à 9 personnes du staff médical (je racontais mon accouchement ici). Marie-Jo est pleine d’entrain, elle forme une étudiante en même temps, lui explique tout de façon très pédagogue, elle est rassurante et très professionnelle. Et elle a un petit accent que je soupçonne venir de Haute-Vienne. J’ai oublié de lui demander d’où elle venait., je voulais déjà le faire pendant l’accouchement pour Adil. Il y a un autre accouchement de jumeaux à côté, un garçon et une fille également. Elle plaisante en nous disant qu’on a un peu d’avance mais que ça peut aller vite de l’autre côté aussi. Elle nous explique qu’elle va s’occuper de mettre au monde le premier bébé et que le deuxième sera mis au monde par l’interne. Amel nait à 13h25 et Marie-Jo se place ensuite à ma gauche et elle manipule mon ventre pour mettre Isaq dans l’axe de sortie. Isaq nait à 13h29. C’est terminé ! Enfin, pas pour tout le monde, Marie-Jo, l’infirmière et moi avons encore un peu de travail. J’ai l’impression qu’il y a des bébés partout, sur moi, dans les bras de Larbi. On reste à 6 dans la salle d’accouchement, 4 adultes et 2 enfants. Elle nous dit que nous avons très bien travaillé, que c’est allé super vite. Et nous avons gagné, nos jumeaux sont nés les premiers. Elle s’en va d’ailleurs car la naissance des autres bébés est proche. Ce jour là, elle aura aidé à mettre au monde 12 bébés ! Grosse journée à la maternité, menée de main de maître par cette super sage-femme. Merci Marie-Jo d’avoir rendu cette journée si spéciale, ce moment extraordinaire et formidable.

Parmi les sages-femmes que j’ai rencontré et qui m’ont aidée, il y a aussi Elodie, avec qui nous avons fait la préparation à l’accouchement pour Adil, Amel et Isaq et les rééducations. C’est bien simple, je l’ai adorée ! Pour la grossesse d’Adil nous cherchions surtout un moyen d’évacuer nos angoisses elle a su répondre à notre attente. Pour la grossesse des jumeaux, nous étions dans un contexte inconnu et un peu fou et là encore elle a été de très bon conseil.

Bravo à toutes ces femmes (et les quelques hommes) qui font ce métier. Ils ont nos vies et celles de nos enfants entre leurs mains et encore bien peu de reconnaissance. Et merci !

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4 réflexions sur “Mes sages-femmes

  1. Bel hommage ! 🙂
    Moi je ne me rappelle pas des sages-femmes que j’ai vu à mon accouchement… Parce qu’entre les urgences, la salle de travail, la salle de naissance, j’en ai vu beaucoup ! Je ne me rappelle que celle de la préparation (que je n’ai vu que 4 ou 5 fois vu que les filles étaient trop pressées lol) et on n’avait pas tellement accroché… Par contre, je me rappelle bien des infirmières et puéricultrices de neonat et de l’unité kangourou qui m’ont bien accompagnée dans mes premiers jours de maman 🙂

    • Merci, c’est exactement ça, toute l’ambivalence d’un métier qui côtoie le plus beau comme le plus sombre… Je pense souvent à celle qui a mis mon Ange au monde…

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