Mes amies 2.0

Je me demande souvent comment j’aurais fait, si j’avais vécu au 19ème siècle, pour surmonter toutes les épreuves qui ont entaché mon désir de maternité. Comment aurais-je surmonté tout ce qui s’est dressé devant moi, avant que je tienne enfin un petit être vivant serré contre mon cœur, sans l’aide et le réconfort d’amitiés virtuelles devenues réelles ?

Avant d’être maman, je peux dire que j’en ai bavé. Et encore, le mot est faible.

Tout a commencé quand les médecins nous ont annoncé que sans l’aide de la médecine, il était quasiment impossible que nous soyons parents un jour. Pas impossible, mais presque. Alors quand on se pose des questions et qu’on a du mal à se confier à ses amies ou à sa famille, on s’inscrit sur un forum sur l’infertilité et hop c’est parti, on tisse des liens avec des filles qui vivent la même galère. En quelques semaines, on se retrouve à discuter avec un groupe de personnes, toujours les même filles. On échange les adresses mail, on se retrouve sur MSN, on demande un numéro de portable pour donner le nombre de follicules qu’on aura réussi à avoir après la stimulation ovarienne. On se rapproche plus d’une ou deux filles du groupe, on se donne même des surnoms. On devient des copines de galère en PMA. On discute tellement souvent qu’on oublie la distance qui parfois nous sépare dans le réel. Ces filles vivent, ressentent, pleurent comme moi au même moment, on est tellement connectées que ça en devient étrange, comme si on s’était toujours connues.

Pendant notre parcours en PMA, je me suis faite 2 vraies bonnes amies. Maude et Nathalie.

Maude vit de l’autre côté de l’Atlantique… Nous avons commencé à discuter sur son blog, puis par mails. Nous avons partagé quelques mois de grossesse. En janvier 2007, son fils est né. En juin 2007, le mien est né également, mais sans vie. Je me souviens de sa réponse à l’annonce du décès d’Ilian, je sentais la compassion et la tristesse dans ses mots, elle a toujours eu une telle empathie pour nous à ce moment là que c’était comme si elle avait été près de moi et qu’elle me serrait dans ses bras. Son fils a grandi, pendant de que de mon côté je faisais le deuil du mien. Très souvent, je recevais un message qui disait « Je pense à toi ». Il suffisait à me faire du bien. Puis à la fin de l’été 2009, à quelques jours d’intervalle, nous avons partagé la joie d’être à nouveau maman. Une fille pour Maude, un garçon pour moi. Sa vision de la maternité, de l’allaitement, de l’éducation des enfants, j’aime partager tout ceci avec Maude.
Nous nous sommes rencontrées «pour de vrai» en 2011. Au départ prévue au Québec, cette rencontre s’est finalement faite à Paris. Des embrassades, des rires, de la joie, c’était un peu comme si on s’était quittées la veille. Grâce aux réseaux sociaux, nous sommes souvent en contact, nous voyons nos enfants grandir et malgré les 5000 km qui nous séparent, je sais que je peux compter sur elle, comme elle peut compter sur moi.

J’ai rencontré Nathalie sur le forum de Famili. Notre rencontre c’était une évidence. Nous avons passé des soirées entières à discuter via le forum, puis sur MSN. Très vite nous nous sommes rencontrées, nos maris ont pris le train en route et nous sommes devenus des couples d’amis. On se comprenait tellement bien. Essais premier bébé pour nous, essais deuxième bébé pour eux. Cette envie d’être enceinte plus forte que tout, on l’a partagée, discutée, pleurée toutes les deux ensemble. On s’est soutenue dans les moments où le moral était au plus bas. 2 stimulations ovariennes, 3 transferts d’embryons, 3 échecs pour nous. Nathalie était là, à respecter notre peine, à soutenir notre décision d’arrêter. J’étais là aussi quand elle a dû arrêter une stimulation car ça avait «trop bien » fonctionné et que les risques de grossesse multiple étaient trop grands. C’était celle qui me comprenait le mieux, elle vivait la même douleur, les mêmes incertitudes… Octobre 2006, je suis enceinte, spontanément. Décembre 2006, Nathalie est enceinte aussi. Nous partageons ce bonheur, nous qui avons tant partagé de peines et de doutes jusque là. Jusqu’à ce que notre petit ange s’envole. Quand j’ai perdu Ilian, Nathalie m’a tout de suite dit qu’elle attendait «aussi» un petit garçon. Son fils est né en septembre 2007. Pas facile pour une amitié de surmonter cette épreuve. Pendant tout le temps où j’avais la tête sous l’eau, Nathalie était là, me soutenant avec délicatesse, et surtout très discrète sur sa joie d’être à nouveau maman. Petit à petit nous avons recommencé à échanger. Je lui avais dit qu’elle serait la première à apprendre une nouvelle grossesse. Ce qui est arrivé 18 mois plus tard. La naissance d’Adil nous a permis de nous retrouver «presque» comme au début. Nos échanges sont moins réguliers maintenant mais je sais que je peux toujours compter sur elle, comme elle peut compter sur moi.

Quand mon fils est décédé, j’ai trouvé un immense réconfort à partager avec d’autres mamans endeuillées. Sur le forum Nos Petits Anges au Paradis, j’ai rencontré des femmes formidables. Il ne serait pas trop fort de dire que j’y ai rencontré mon âme sœur. Claire. Nous partageons le triste point commun d’avoir toutes les deux perdu un petit garçon en juin 2007. Nous avons échangé sur notre douleur, notre peur de ne pas la surmonter, on se parlait sans retenue de nos fils, de leur tout petit passage parmi nous, de tout ce qu’ils nous avaient apporté et de tout ce que leurs départs nous avaient enlevé. Je pense que c’est grâce à Claire que j’ai eu mon premier sourire, puis mes premiers éclats de rire. Nous n’étions pas gênées comme nous pouvions l’être avec les «autres». Jamais je n’oublierai le jour où je l’ai enfin serrée dans mes bras, 3 mois après notre rencontre virtuelle. Un long câlin, sans retenue aucune. A cette époque, il n’y avait que ça qui me faisait du bien, qu’on me prenne dans ses bras. Encore une fois, les hommes ont pris le train en route. Très vite nous sommes devenus inséparables. Un weekend en Belgique précède un weekend en France et ainsi de suite. On se comprend d’un coup d’œil. On parle de nos petits anges quand on le désire. Il n’y a aucune gêne sur se sujet terrible et tabou qu’est le décès d’un bébé. Nos bébés espoirs sont nés la même année. Ils ont cimenté cette amitié par leur joie de vivre et il y a tant de chose qui nous lient désormais que parfois j’ai même du mal à me dire que notre rencontre est liée à un événement si douloureux.

Au cimetière, quand je vais me recueillir sur la tombe de mon fils, je passe toujours près d’une autre tombe sur laquelle je m’arrête quelques fois. Il y a très longtemps que personne n’y a déposé de fleurs. N’y sont gravés qu’un prénom et une année. «Victor – 1956» et un petit ange y est scellé. Je pense à ce bébé ou à cet enfant. Et je pense aussi à sa maman. Comment a t-elle vécu ce deuil, a t-elle trouvé une écoute attentive, une personne avec qui partager sa douleur ? Ou s’est elle tu comme le faisaient sans doute beaucoup de femmes a qui il arrivait quelque chose de semblable à cette époque ?

Je ne sais pas comment j’aurais fait sans toutes ces rencontres qui m’ont tant apporté, tant aidé. Elles m’ont sauvée…

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