N’être…

Suite à mon dernier billet, et avant de partager mon petit (et merveilleux) secret avec vous, j’aimerais raconter ici l’histoire de mon ange Ilian. C’est mon premier enfant, le garçon qui m’a fait devenir une maman. Ou plutôt une mamange… Ilian est décédé in utéro à 37 semaines de grossesse. A 3 semaines du terme… Personne n’est préparé à vivre un tel drame. C’est après plusieurs années de deuil que je trouve la force de parler de lui sur le net. Longtemps j’ai gardé pour moi et pour mes proches mon ressenti, ma douleur extrême et maintenant que le souvenir de son passage parmi nous se fait plus tendre, la douleur s’est adoucie, les détails sont toujours aussi présents, les larmes ne coulent plus à flot, je pense que je peux vous raconter son éphémère existence…

Septembre 2003 : le mariage avec mon cher et tendre… Ça va faire 10 ans cette année, c’est fou ce que ça passe vite !
On ne prend aucun risque et on arrête tout contraceptif un mois avant le mariage. Il ne faudrait pas avoir de retouches à faire sur la robe… Quelle naïveté quand j’y repense…
Les mois passent et toujours pas de bébé à l’horizon. Peut être que j’y pense trop… Et puis c’est à cette période que ma petite Maman tombe malade. Très vite, ça devient sérieux et grave. Et elle nous quitte en juin 2004. C’est très dur de perdre sa Maman si tôt, j’avais encore tellement de choses à apprendre d’elle.

Aout 2004 : 1 an d’essai bébé sans résultat. Mon docteur ne s’inquiète pas. Avec le deuil que nous vivons elle se dit que c’est peut être lié. Et puis le délai pour commencer à chercher une cause et débuter les protocoles de PMA, c’est 2 ans…

Aout 2005 : toujours pas de bébé, pas de début de grossesse, rien… Chaque mois les cycles recommencent. Les gros ventre fleurissent autour de moi, je commence à être jalouse, aigrie. On débute les recherches pour essayer de comprendre. Et on trouve. Mon chéri a une anomalie chromosomique qui cause ce genre de troubles. Pas beaucoup de spermatozoïdes, donc les chances de tomber enceinte naturellement sont très minces. Les médecins nous dirigent vers un centre de PMA et débutent alors pour nous le parcours du combattant pour avoir un enfant. Stimulation ovarienne, ponction, «prélèvements» pour monsieur… On encaisse, on subit sans rien dire… On paye, parce que si on veut être pris en charge rapidement, il faut passer par des laboratoires privés qui coutent les yeux de la tête mais on le fait, on en a tellement envie, tellement besoin. Mais ça ne marche pas ! 2 FIV, 3 transferts d’embryons… Qui ne prennent pas. Je me suis fait un petit réseau d’amies sur les forums spécialisés. Nous sommes toutes dans la même situation. J’ai lié de fortes amitiés virtuelles avec elles. Ça fonctionne pour certaines d’entre elles, pour d’autre c’est comme nous, ça ne marche pas du tout. On décide de tout arrêter, épuisés physiquement, moralement et financièrement. Et puis à bien y réfléchir, ces injections d’hormones à foison commencent à me faire un peu peur. Ce n’est quand même pas très naturel tout ça. Me revient en tête l’idée que ma Maman est morte d’un cancer…

Septembre 2006 : on part en vacances après le dernier échec. Il reste des embryons congelés qu’on peut me transférer quand nous serons prêts à recommencer. Mais nous n’avons plus envie. On abandonne un peu nos tout petits nous…

Octobre 2006 : Bizarre, les règles n’arrivent pas… Et en plus je ne digère plus grand chose. J’ai des grosses insomnies. Je n’ose pas y croire. Je n’en parle qu’à une amie, une copine de forum qui me dit que ça ressemble à des symptômes de grossesse. Tellement peur d’être déçue… J’attends 10 jours de retard… Le test a viré au positif en 1 seconde, avant même la barre de contrôle, j’ai vu la petite barre du positif se teindre de rose… Incroyable ! Mes premiers mots pour mon mari sont gravés dans ma mémoire ! «Chéri, et si je te disais qu’on a réussi à le faire tout seul ce bébé !». Mon docteur est ravie. Elle nous explique que les grossesses spontanées ne sont pas du tout impossible avec notre pathologie, elles sont juste plus rares ou plus espacées que pour les autres couples.

Je vis une grossesse parfaite. Tout se passe bien, bébé va bien, il grandit vite. Nous devons pratiquer une amniocentèse car avec l’anomalie de mon mari, les risques de trisomie sont accrus pour bébé. Un peu inquiète à l’idée de passer cet examen, puis du résultat mais au final tout va bien. L’anomalie ne se retrouve pas dans son caryotype, il ou elle n’aura donc pas de soucis pour avoir des enfants plus tard. On prépare la chambre, on achète une poussette, des habits. La famille prévoit une grande fête pour la naissance l’été suivant, bébé doit naitre le 7 juillet 2007.

Juin 2007 : Je me souviens de cette journée dans ses moindres détails. Le matin, bébé nous fait de grands signes, un coup de pied de bonjour pour Papa… Je suis arrêtée depuis 3 semaines, il fait beau. J’ai prévu de déjeuner avec ma sœur vers son travail qui est tout près de chez nous. Nous mangeons des paninis sur un banc, il fait si beau et chaud. Bébé aime ça, il gigote beaucoup. Je rentre à la maison car j’ai rendez vous avec le relai des assistantes maternelles de la ville. Notre demande de place en crèche a été refusée faute de place. Pas grave, la nounou parfaite doit bien pouvoir se trouver. Quand je discute avec la dame, bébé me fait signe encore. Il est 16h passées, c’est son dernier coucou, mais je ne le sais pas encore. Je rentre, je prépare le diner. Mon mari rentre on mange et on regarde un épisode de «Grey’s anatomy». Dans cet épisode une femme perd son bébé et doit accoucher de son petit. Je pleure toutes les larmes de mon corps sans savoir que c’est ce qui nous attend la nuit même… Nous nous couchons et je dis à mon mari « C’est bizarre, bébé doit bien dormir ça fait un moment que je ne l’ai pas senti »… J’arrive à m’endormir mais à 2h je me réveille. Il y a quelque chose qui cloche. La nuit d’habitude, c’est la fête. Il ne m’empêche pas de dormir mais ses mouvements me rassurent… Et là, rien. Je me lève et je réveille mon chéri. On appelle la maternité un peu inquiets. «Oh vous savez, ils n’ont plus beaucoup de place à ce terme donc c’est parfois le cas, mais si vous êtes trop inquiets venez, nous allons contrôler tout ça et vous rentrerez…».

Nous arrivons à la maternité et on prend tout de suite, il n’y a personne. L’infirmière m’installe pour un monitoring en me rassurant. Quand elle pose les sondes sur mon ventre, on n’entend rien, rien du tout. Je ne comprends pas,  je ne m’inquiète pas. Mon mari me dira plus tard que lui il a compris à cet instant. L’infirmière me demande si j’ai mis de la crème sur mon ventre avant de dormir, et me dit que c’est peut être à cause de ça. Elle va chercher un médecin. Le médecin arrive, il branche l’appareil d’échographie, regarde mon ventre. Moi je suis contente, je vois mon petit loulou à l’écran. Puis il se retourne et nous dit «Je suis désolé, il n’y a plus d’activité cardiaque, votre bébé est décédé.». Le monde s’écroule autour de nous. Je veux me lever, prendre mes affaires. Je me souviens avoir dit «On rentre, on s’en va d’ici, c’est pas possible». Je ne pleure pas, je suis prostrée. Mon chéri me serre dans ses bras, on reste comme ça une bonne heure avant qu’on vienne nous expliquer ce qui va arriver ensuite. On demande le sexe. C’était un petit garçon. J’en étais sure… On nous explique qu’il va falloir accoucher. Par voie basse, on ne risque pas en plus la vie de la maman avec une opération comme une césarienne. On va me donner des médicaments pour déclencher l’accouchement. Il faut maintenant prévenir la famille. C’est à mon mari que revient cette lourde tache. Moi je suis incapable de parler, de dire quoi que ce soit à quiconque. Au bout de 3 jours, les médicaments ne faisant toujours pas effet, on me pose une péridurale et on m’injecte une dose de cheval pour enfin déclencher le travail. Je n’étais pas prête je pense à le laisser partir. Ensuite tout va très vite, les contractions commencent, le travail va durer 15 heures. Je ne ressens pas les douleurs de l’accouchement, mon cœur est brisé et c’est là que j’ai mal, vraiment mal. Notre fils Ilian «nait» le jeudi 14 juin 2007 à 19h37. Il mesure 53 cm et pèse 3.340 kg. Il est parfait. On nous dit que nous avons bien travaillé, que nous sommes de bons parents. On arrive même à rire en parlant de ses petits doigts et de son nez gros comme celui de son papa. Nous savons que cet instant où ne le tenons dans nos bras est unique, nous en profitons à fond. Je rentre à la maison 2 jours après. Je ne suis pas restée seule de tout mon séjour à la maternité, on avait installé un lit pour mon mari dans la chambre. Je commence seulement à pleurer une fois rentrée. Les mois à venir vont être terribles. Il faut organiser l’enterrement. Là encore c’est mon mari qui va s’occuper de tout, avec tout le courage qui est le sien et qui fait qu’il est l’homme de ma vie. Les couples qui ont perdu un enfant se séparent rapidement ou restent ensemble à vie. Il parait…

Nous essayons de surmonter cette épreuve tant bien que mal. Il faut tout d’abord ranger toutes ces petites affaires que nous avions tant imaginé utiliser avec ce bébé qui devait être dans nos bras. Démonter les meubles de sa chambre, mettre la poussette à la cave. Répondre poliment « Non merci » à la postière qui me propose des timbres « Bébé est là » alors que je suis venue chercher les timbres pour les faire part de décès. Il faut répondre aux nounous qui appellent que « Non merci, nous n’avons plus besoin de nounou »…

Là encore, ce qui m’aide beaucoup, c’est la rencontre de gens qui ont vécu la même chose que moi via des forums. Je me lie d’amitié avec une mamange qui a perdu son fils 15 jours après moi. Nous devenons amies et nos familles se rencontrent très rapidement. Depuis, ils font partie de notre vie. Nos bébés espoirs sont nés la même année… Dans notre esprit, nos petits anges sont amis. Ils sont là haut, ensemble sur leur nuage, le «Nuage 6»… Ça me rassure de savoir qu’il n’est pas tout seul là haut, qu’il a un petit copain…

Je m’aperçois qu’il y a partout dans le monde des gens touché par le deuil périnatal. Nous avons accepté que l’hôpital pratique une autopsie pour essayer de trouver la cause du décès d’Ilian. Ils n’ont rien trouvé. Les médecins nous parlent donc de mort subite du nourrisson, mais avant le terme. Nous ne pouvions rien y faire. Nous ne sommes coupables de rien.

Bientôt 6 ans que notre petit ange s’est envolé. La première année sans lui a été terrible. Nous voulions un autre enfant mais ça ne fonctionnait pas. Puis, 18 mois après, je suis tombée enceinte, encore une fois spontanément. Notre bébé espoir Adil est arrivé en septembre 2009. Avec le recul je me dis que le temps qui est passé entre ces 2 grossesses m’a permis de bien faire la différence entre mes deux enfants. Nous avons toujours parlé d’Ilian à Adil, depuis qu’il est dans mon ventre et maintenant il sait qu’il a un grand frère au Ciel. Il voit ça avec les yeux d’un enfant de 3 ans et demi, ne parle pas de la mort pour son frère, il le voit juste comme une présence qui le protège. Nous aussi, nous le voyons comme un ange gardien.

C’était l’histoire de mon ange. Mon premier enfant…
Ilian
14 juin 2007

Ange1

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5 réflexions sur “N’être…

  1. C’est un article bouleversant… Je ne trouve pas de mots…mais comme je le disais precedement, la vie vous doit bien une grosse dose de bonheur.

  2. Je lis tes derniers articles dans le désordre le plus total donc mes commentaires n’ont ni queue ni tête. Je me doutais depuis longtemps que vous aviez vécu une histoire de ce style, qui fait qu’on en perd ses mots comme a dit Mélanie. Je suis cependant heureuse de voir que tu as retrouvé le sourire, le bonheur d’avoir un enfant et bientôt 3.. et me réjouis avec vous de ce bonheur à vivre tout en n’oubliant pas votre petit ange.

  3. Oui.. je comprends. Les deux dates sont très importantes pour moi.. très curieusement. Je penserai certainement à vous.

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